Musique #8 : « Camarade » (1969)

Alors que je me promène comme tous les lundis au milieu des lectures qui (me) soutiennent, je lis cet article, où il est question de la mort d’un homme; tombé à terre dans le hall désert d’une banque, seulement ouvert aux clients venant retirer de l’argent dans les fameux DAB, distributeurs automatiques de billets.

banque.jpg

Au moins cinq personnes sont entrées dans cet établissement sans apporter la moindre attention ni le moindre geste à cet humain, étendu là par terre. Ils sont venus faire ce qu’ils étaient venus faire : retirer des espèces du mur magique. Ils et elles ont enjambé le corps, et sont repartis. L’article nous indique qu’ils ont été filmés, qu’ils seront probablement poursuivis.

Mais là n’est pas l’essentiel. Ce qui apparaît, c’est que « le vieil homme meurt de l’indifférence des autres qui sont eux-mêmes en quelque sorte des automates bancaires vivants ». C’est « une mort d’aujourd’hui, qui est aussi l’allégorie de l’état actuel de notre société », écrit Götz Eisenberg.

L’auteur ne se contente pas d’une paresseuse (et spectaculaire) mention indignée de ce « fait d’hiver », il propose un cadre d’analyse, il met sur la table des éléments explicatifs, il convoque Marx, Adorno, Bourdieu, ainsi qu’un auteur allemand du XIXème siècle, Wilhelm Hauff. Ce dernier a écrit un conte titré « Das kalte herz » (Le Cœur Froid), conte de 1827 qui semble contenir en lui la clé de ce fait divers de novembre 2016.

le coeur froid.jpg

(illustration du conte « le coeur froid », 1869)

Il y a là de quoi pleurer, il y a de la frayeur – sauf si on ne veut pas savoir, le confort de l’économie, le bonheur bête.

Alors, un petit antidote, un peu de chaleur, même si il y a aussi dedans des éclats de regrets, de « mascarade »… Camarades, essayons de ne pas nous faire confisquer les mots qui soignent et qui peuvent émanciper.

C’est un joli nom Camarade
C’est un joli nom tu sais
Qui marie cerise et grenade

Aux cent fleurs du mois de mai
Pendant des années Camarade
Pendant des années tu sais
Avec ton seul nom comme aubade
Les lèvres s’épanouissaient
Camarade CamaradeC’est un nom terrible Camarade
C’est un nom terrible à dire
Quand, le temps d’une mascarade
Il ne fait plus que frémir
Que venez-vous faire Camarade
Que venez-vous faire ici
Ce fut à cinq heures dans Prague
Que le mois d’août s’obscurcit
Camarade CamaradeC’est un joli nom Camarade
C’est un joli nom tu sais
Dans mon coeœur battant la chamade
Pour qu’il revive à jamais
Se marient cerise et grenade
Aux cent fleurs du mois de mai

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s