Autisme #1

J’ai pris connaissance hier de cette proposition de loi du député Daniel Fasquelle.

Elle ne vise rien de moins qu’à (quelques exemples choisis) :

  • « [inviter] le Gouvernement français à réallouer en totalité les financements des prises en charge n’étant pas explicitement recommandées aux approches validées scientifiquement et ayant fait preuve de leur efficacité » – c’est à dire ne distribuer l’argent public qu’aux établissements qui appliquent à la lettre les approches dites comportementalistes ;
  • « [Inviter] le Gouvernement français à faire reconnaître sans aucune réserve et officiellement, par la Fédération française de psychiatrie, les recommandations de bonnes pratiques de la HAS et de l’ANESM afin qu’elle renonce officiellement au packing, à la psychanalyse et à toutes les approches maltraitantes ;
  • « [Inviter] le Gouvernement français à fermement condamner et interdire les pratiques psychanalytiques sous toutes leurs formes, dans la prise en charge de l’autisme car n’étant pas recommandées par la HAS. »

fasquelles

Mais qui est Daniel Fasquelle, celui qui donne son nom à cette proposition de loi, suivi par une petite centaine de noms d’autres élus « les républicains » ? Lire la suite

Musique #8 : « Camarade » (1969)

Alors que je me promène comme tous les lundis au milieu des lectures qui (me) soutiennent, je lis cet article, où il est question de la mort d’un homme; tombé à terre dans le hall désert d’une banque, seulement ouvert aux clients venant retirer de l’argent dans les fameux DAB, distributeurs automatiques de billets.

banque.jpg

Au moins cinq personnes sont entrées dans cet établissement sans apporter la moindre attention ni le moindre geste à cet humain, étendu là par terre. Ils sont venus faire ce qu’ils étaient venus faire : retirer des espèces du mur magique. Ils et elles ont enjambé le corps, et sont repartis. L’article nous indique qu’ils ont été filmés, qu’ils seront probablement poursuivis.

Mais là n’est pas l’essentiel. Ce qui apparaît, c’est que « le vieil homme meurt de l’indifférence des autres qui sont eux-mêmes en quelque sorte des automates bancaires vivants ». C’est « une mort d’aujourd’hui, qui est aussi l’allégorie de l’état actuel de notre société », écrit Götz Eisenberg.

Lire la suite

Se raconter : bon pied, bon œil.

Quand les tourbillons bouillonnent et les bouillons tourbillonnent j’ai la bouille tourmentée qui bout – sans portant, bien qu’à bout

et pourtant c’est important

de le jeter, quelque part, que ce soit crié, gravé dans l’air, même sans mémoire et sans traces et d’ailleurs, qui nous dit qu’il n’y en a pas ?

A bout de quoi ? D’une façon de se jeter dans les tours du bouillon, le tour-bouillon, alors même que, encore pas fini, on ne savait pas regarder les yeux – l’objet regard a surgi plus tard – là les regards Autres pèsent trop lourd sur une psyché avec un défaut d’origine, avec une mauvaise pièce d’usine, un sens en moins, puis revenu à demi.

Un jour, quand une monture est arrivée sur mes mirettes, au grand galop, sans crier gare – coup de sifflet : une fin, et le début d’autre chose.

Lire la suite

Vers un racisme (vraiment) français ?

C’est le blog de Christine Delphy, un article de Gérard Noiriel.

Le blog de Christine Delphy

Vers un racisme (vraiment) français ?

Par Gérard Noiriel, historien, avec l’aimable permission de l’auteur. Publié d’abord dans le Monde du 25.09.16.

Les politiciens de tous bords se ­livrent aujourd’hui une concurrence effrénée pour capter les pulsions sécuritaires et xénophobes qui traversent l’opinion. Ce phénomène n’est pas inédit. Il s’est déjà produit dans les années 1930.

Dès le début de cette décennie, la droite et l’extrême droite rendent les immigrés responsables de la très grave dépression économique qui vient d’éclater. La France ferme ses frontières, mais des centaines de milliers de migrants fuyant les régimes totalitaires tentent de trouver refuge dans le pays des droits de l’homme. La crise sociale et les antagonismes politiques alimentent une violence dans laquelle sont impliqués parfois des étrangers.

En 1932, le président de la République française, Paul Doumer, est assassiné par un réfugié russe ; en 1934, le ministre des affaires étrangères, Louis Barthou, périt dans un attentat…

View original post 1 238 mots de plus

Bourdieu #1

« Même s’il n’est pas d’apprentissage, y compris chez les animaux, qui ne fasse une place au jeu (et de plus en plus grande à mesure qu’on avance dans l’évolution), c’est seulement avec l’École que s’instituent les conditions très spéciales qui doivent être réunies pour que les conduites à enseigner puissent être accomplies, en dehors des situations où elles sont pertinentes, sous la forme de « jeux sérieux » et d' »exercices gratuits », actions à vide et à blanc, sans référence directe à un effet utile et sans conséquence dangereuses. L’apprentissage scolaire qui, étant affranchi de la sanction direct du réel, peut proposer des défis, des épreuves, des problèmes, comme les situations réelles mais en laissant la possibilité de chercher et d’essayer des solutions dans des conditions de risque minimal, est l’occasion d’acquérir par surcroît, avec l’accoutumance, la disposition permanente à opérer la mise à distance du réel directement perçu qui est la condition de la plupart des constructions symboliques ».

Pierre Bourdieu, Méditations Pascaliennes, Seuil/liber, 1997, page 29.

bourdieu-mp

Ce passage des Méditations pascaliennes provient du premier chapitre, « critique de la raison scolastique », dans lequel Bourdieu s’attache à défendre contre elle-même la « raison scolastique », c’est à dire ce « rapport distant et distinctif aux mots et aux choses » (p.25) en montrant ce qu’elle doit à ses conditions sociales de possibilité. Lire la suite