Bourdieu #1

« Même s’il n’est pas d’apprentissage, y compris chez les animaux, qui ne fasse une place au jeu (et de plus en plus grande à mesure qu’on avance dans l’évolution), c’est seulement avec l’École que s’instituent les conditions très spéciales qui doivent être réunies pour que les conduites à enseigner puissent être accomplies, en dehors des situations où elles sont pertinentes, sous la forme de « jeux sérieux » et d' »exercices gratuits », actions à vide et à blanc, sans référence directe à un effet utile et sans conséquence dangereuses. L’apprentissage scolaire qui, étant affranchi de la sanction direct du réel, peut proposer des défis, des épreuves, des problèmes, comme les situations réelles mais en laissant la possibilité de chercher et d’essayer des solutions dans des conditions de risque minimal, est l’occasion d’acquérir par surcroît, avec l’accoutumance, la disposition permanente à opérer la mise à distance du réel directement perçu qui est la condition de la plupart des constructions symboliques ».

Pierre Bourdieu, Méditations Pascaliennes, Seuil/liber, 1997, page 29.

bourdieu-mp

Ce passage des Méditations pascaliennes provient du premier chapitre, « critique de la raison scolastique », dans lequel Bourdieu s’attache à défendre contre elle-même la « raison scolastique », c’est à dire ce « rapport distant et distinctif aux mots et aux choses » (p.25) en montrant ce qu’elle doit à ses conditions sociales de possibilité. Lire la suite

désir d’école

« L’école est obligatoire : la présence physique des enfants n’a pas de signification particulière. Combien sont vraiment là avec leur désir ? […] Or rien ne se fait sans désir. Ils n’entreront en classe que lorsqu’ils sauront sur quel pied danser, quand ils sauront ce que les autres attendent d’eux (rôles) et ce qu’ils sont en droit d’attendre des autres (statuts). Quand ils auront une fonction définie, une responsabilité, peut-être se sentiront-ils membres d’un groupe. Alors, et alors seulement, on pourra parler de groupe coopératif. »

Catherine POCHET, dans POCHET, OURY, « Qui c’est l’conseil ? », page 53.